Dominique Rousseau, conteuse contrebassiste improvisatrice

Interview Dominique Rousseau

Entretien avec Dominique Rousseau, 24 août 2006

 

 Qu'est ce qui est à l'origine de ce spectacle ?

 Depuis toujours, j'aime travailler les mots et la musique. Je désirais continuer cette exploration personnelle commencée avec mon précédent spectacle « Contes des mers et des rivières ». En lisant des contes Inuit, j'ai eu très envie de les faire partager.

 

C'est quoi les Inuit pour vous ?

ça a d'abord été une grande curiosité. Une fascination d'enfant pour ces hommes qui arrivent à vivre dans des conditions extrêmement difficiles, avec leurs chiens de traîneaux, je trouvais ça beau ! J'avais l'impression qu'ils étaient au plus près du sens de la vie humaine. Ca a été aussi l'une    des dernières cultures autochtones encore existante, même si elle tend à disparaître actuellement. Je désirais en savoir plus.

 

Comment avez-vous procédé ?

J'ai littéralement fait un plongeon dans la culture inuit. Des livres, des films, des rencontres artistiques et scientifiques et des contes beaucoup de contes…. Ça a duré plus d'une année. Quand les images se sont imposées à mon esprit, j'ai commencé à écrire.

 

 Qu'avez-vous découvert ?

 Une façon de vivre très éloignée de la notre, plus cruelle et impitoyable que je ne pouvais l'imaginer.Les hommes sont constamment dans la survie, aussi ils ont des repères très marqués, très forts pourpouvoir simplement exister. Ainsi, en hiver, dans des conditions de vie difficiles, les Inuit ne pensent pas par eux  même, ils pensent en groupe, ce qui produit des groupes humains extrêmement unis et soudés. En été par contre, ils se permettent d'avoir une pensée et une attitude plus 'individualiste'.

Je suis fascinée par leur relation à la nature et aux animaux. Les Inuits sont animistes, c'est-à-dire qu'ils pensent que tout est vivant. Pour eux, l'homme s'inscrit dans la globalité de la nature, il ne la domine pas. Ils sont cruels par certains cotés, mais très respectueux de ce qui les entoure.

Ce qui me passionne, c'est ce rapport entre ce qui nous est radicalement étranger, à nous, européens, et ce qui nous est proche, cette part d'humanité commune.

 

Comment est construit votre spectacle ?

La version tout public est une succession de trois contes. J'essaie de faire sentir la façon qu'ont lesInuits d'être au monde, leurs coutumes, leurs croyances et leur relation au monde vivant qui les environne.

 

Qu'est ce qui a guidé votre choix ?

Ce qui me touche d'abord et ce qu'ils contiennent ? « un grand dépaysement, dans des choses qui nous touchent profondément ».

 

Pourquoi de la musique ?

Pour moi, l'instrument fait le lien entre moi et les images, il est même à la base des images que je propose ou qui s'imposent à moi. Dans ce spectacle, j'ai décidé de faire une place importante à l'improvisation musicale. Le fait de combiner deux formes artistiques, contes et musique, en même temps, me permet une plus grande connexion à ma créativité, dans l'instant.

 

Et pourquoi la contrebasse ?

Parce que c'est mon instrument de prédilection, elle se marie parfaitement avec la voix, elle st discrète et très présente. C'est comme si elle m'aidait à plonger dans les profondeur, j'ai envie de dire que c'est « mon double des profondeurs », c'est donc par elle que j'ai choisi d'être accompagnée dans mes explorations des contes du monde.

 

C'est un peu étrange pour des contes Inuits, non ?

Pas plus que moi ! Elle et moi nous sommes bien entendu au départ étrangères à la culture Inuit, et c'est cette part de nous qui désire se confronter à une autre culture et qui crée ce rapport particulier entre l'étrange et l'intime qui m'intéresse et qui fait parfois qu'on accepte mieux l'autre et soi-même.

 

A qui s'adresse le spectacle ?

A tous, à partir de six ans, les plus petits sont tout de même admis, puisque la musique les aide à entrer dans le spectacle.

Une version adulte est en préparation, à partir des grands mythes inuit, qui me traversent régulièrement.

 

Voulez vous leur transmettre quelque chose ?

Pour les plus jeunes : une part de curiosité et d'aventure, une part pour les aider à surmonter la peur liée à l'étrange, et enfin une part pour faire s'épanouir les liens que l'enfant a naturellement  avec le monde qui l'entoure.

Pour les adultes : je souhaite apporter des éléments de réflexion sur le rapport de chacun avec l'autre, en société, ou plus largement par rapport au monde qui nous entoure

 

En trois mots comment qualifier ces contes ?

Ce sont des contes merveilleux, que je souhaite curieux, profonds et drôles.

 

                               Propos recueillis par Thierry Desdoits

 



13/12/2007
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